Celui que Yehudi Menuhin comparait à Mozart et que George Harrison qualifiait de parrain de la World Music est né en 1920 à Varanasi près de Benares. Fils d'un ministre du Maharajah de Jhalawar, il suit des études en 1930 à Paris puis devient danseur au sein de la troupe de son frère Uday. Ensemble, ils parcourent le monde et Ravi aurait bien pu faire une carrière de danseur si Allauddin Khan, un grand multi-instrumentiste, n'avait pas rejoint leur troupe. Ravi, fasciné par le musicien, cesse la danse et, en 1938, le suit à Maihar pour suivre son enseignement. Durant cette période qui dure jusqu'en 1944, il donnera quelques concerts mais ne se lancera dans la composition qu'à la fin de son apprentissage.
Par la suite, il ne cessera cette activité et, durant sa carrière, il écrira de nombreuses musiques pour ballets ou film, dont celles de "la trilogie d'Apu" de Satayit Ray et une trentaine de ragas, ces pièces musicales traditionnelles qui trouvent leur source dans les hymnes Vedic joués dans les temples indous il y a plus de 2000 ans.
De 1949 à 1956, il est directeur musical pour "All India Radio" à Bombay. En 1954, il se produisit en Union Soviétique et, entre 1956 et 1957, ses tournées à travers l'Europe et les Etats-Unis font découvrir la musique indienne au public classique occidental.
En 1957, il gagne le prix de la meilleure bande originale au festival de Venise pour le film d'animation "The Chairy Tale" du canadien Norman Mclaren. En 1958, il rencontre Yehudi Menuhin lors d'un concert pour l'Unesco et démarre une amitié qui ne cessera qu'à la mort du grand violoniste en 1998. En 1962, il reçoit le premier de ses cinq Presidential Award (la plus grande distinction pour un artiste indien) et le premier d'une longue série de récompenses parmi lesquelles deux Grammy Awards, le Padma Bhusan Award, le Padma Vibhusan, le spirit of freedom Award, le Rajiv Gandhi excellence Award, le Bharatiya Vidya Bhavan ; il fut aussi nommé meilleur artiste de l'année 1967 par le magazine Billboard, docteur des Beaux-Arts de l'université de Californie , docteur en musique des universités Colgate, Khairagarh, Rabindra Bharadi, du conservatoire de Nouvelle Angleterre et d'Harvard, docteur ès lettres des universités de Bénarès et de Delhi, docteur en philosophie de l'Institut des Etudes Intégrale de Californie, commandeur des arts et des lettres en France et… je peux vous assurer que la liste est incomplète.
Il doit cette reconnaissance à son indéniable talent. Mais sa notoriété ne serait pas universelle si, à la fin des années 1960, il n'avait pas croisé le chemin du Beatles George Harrison, qui devint son élève, l'introduit au près du public pop et l'aida à monter de nombreux projets discographiques. En plein flower power, Ravi Shankar participe aux festivals de Monterey, de Woodstock et au concert pour le Bengla Desh organisé par George Harrison.
Plus tard, il s'essayera avec succès à d'autres expériences transculturelles, en composant un concerto pour sitar et orchestre pour l'orchestre symphonique de Londres (1970), en créant, en 1988, une pièce pour 400 musiciens indiens et soviétiques au palais des cultures du Kremlin ou en travaillant avec le compositeur de musique contemporaine Philip Glass en 1990.
En 1995, il présente au monde son successeur : sa propre fille Anoushka qu'il a formée pendant sept ans et dont le talent a rapidement été reconnu. Ravi Shankar a traversé le siècle sans jamais se perdre ni rester en retard sur les révolutions musicales de celui-ci. Son parcours est exemplaire. En 1997, il crée The Ravi Shankar Foundation, dans le but de rassembler les œuvres des grands musiciens indiens et pour permettre à de jeunes musiciens de recevoir un enseignement traditionnel dans un esprit d'ouverture et de tolérance.